Formée entre Kuwait City et Chicago, Latifa Alajlan développe une pratique picturale fondée sur une réflexion autour de la peinture en tant qu’espace autonome. La surface devient alors un lieu de tension entre matière, perception et durée. Désormais basée à New York, l’artiste poursuit ses recherches visuelles, attentive à la fluidité spontanée de son geste de peintre, en conversation avec les motifs organisés inspirés par l’architecture.
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Les œuvres réunies au sein de l’exposition I Breathe and I Dream associent pigments, matières minérales et gestes directs. Le lin et la toile ne sont pas considérés comme de simples supports, mais comme des surfaces actives capables de retenir la trace, de générer de la densité et de ralentir le regard. La peinture engage ainsi une expérience perceptive fondée sur l’attention et la durée.Aux murs, les peintures sont structurées par des recherches chromatiques évoquant des dynamiques de croissance, de déploiement et de circulation. Des structures géométriques inspirées de vocabulaires architecturaux du Moyen-Orient organisent l’espace pictural, instaurant des cadres de stabilité au sein desquels apparaissent des zones plus diffuses. Cette tension entre organisation et dispersion constitue un principe central du travail de Latifa Alajlan, où l’équilibre reste volontairement instable.La pratique de Latifa Alajlan entre en dialogue avec l’histoire de l’abstraction développée dans le monde arabe au XXe siècle, tout en s’en distinguant nettement. La référence à Madiha Umar permet de situer son usage de la géométrie comme une structure de pensée et d’architecture visuelle, indépendante de toute fonction illustrative. Le rapprochement avec Etel Adnan éclaire quant à lui la relation entre peinture et langage : là où Adnan rendait visible la coexistence de l’écriture et de la couleur, Alajlan choisit le recouvrement et l’effacement.Chaque œuvre débute par une phase d’écriture manuscrite, en anglais ou en arabe, inscrite directement sur le support avant d’être absorbée par les couches picturales. Le texte ne subsiste non comme un élément lisible, mais comme une présence invisible, participant à la profondeur et à l’organisation de la surface. Les œuvres se construisent par couches successives. Le sens émerge progressivement de l’accumulation des gestes, des matières et des traces, plutôt que d’un récit explicite.À travers I Breathe and I Dream, Latifa Alajlan situe sa pratique au sein d’une réflexion élargie sur l’abstraction contemporaine, envisagée comme un champ de construction et de négociation. L’exposition met en évidence une peinture fondée sur la rigueur formelle, la stratification de la matière et l’attention portée à la perception, où architecture, surface et temporalité demeurent indissociables.
